Ce printemps semble avoir été une période faste pour les distributions GNU/Linux dites user-friendly. Les hostilités ont débuté début avril, avec la sortie de Mandriva 2008 Spring, un cru presque unanimement considéré comme excellent par les observateurs. Vint ensuite la très attendue Ubuntu 8.04, estampillée LTS (Long Term Support), qui confirma la simplicité d’utilisation des distributions modernes. Enfin, ce fut au tour d’OpenSuse 11 de venir tout récemment confirmer l’évidence : GNU/Linux peut désormais être utilisé par n’importe quel quidam, pour peu qu’il soit suffisamment équilibré.

L’arrivée de nouveaux utilisateurs sur les forums et les salons de discussions amène alors bien souvent de nouveaux points de vue. Ainsi, il n’est pas rare que des utilisateurs expérimentés soient irrités par des comportements surprenants ; le plus visible d’entre eux étant l’addiction aux logiciels privateurs de libertés.

Plus précisément, la mise en application des principes fondateurs du projet GNU est trop souvent taxée d’intégrisme. Elle est régulièrement décriée par des utilisateurs qui se targuent d’être venus au monde libre pour la bonne performance et le confort fournis par des applications gratuites et puissantes. D’ailleurs, « GNU/Linux » n’est-il pas subrepticement devenu « Linux » ?

La moindre réaction raisonnée est alors rapidement écrasée par des « kikoolol » déchaînés, en nombre, qui n’hésitent pas à traîner les pères du logiciel libre dans la boue. Extrémisme, sectarisme, étroitesse d’esprit sont les termes qui reviennent le plus souvent dans la bouche des aggresseurs. Pour justifier l’usage immodéré de composants privateurs, ils inventent une cinquième liberté, dite « de choix », qui n’a jamais existé ailleurs que dans leurs rêves.

Ainsi, l’utilisateur impliqué dans GNU/Linux se demande à quelle condition la communauté doit persister à accueillir un nombre croissant de personnes. Faut-il seulement insister sur la qualité des logiciels libres, avec les conséquences fâcheuses décrites au paragraphe précédent ?

Non, il faut aussi sensibiliser le grand public aux enjeux fondamentaux de la liberté. Mais à quel moment ? Ici, deux écoles s’affrontent.

Voyons d’abord la première approche, que j’appellerai la stratégie UMS (pour Ubuntu/Mandriva/OpenSuse, mais aussi pour « USB Mass Storage » : stockage de masse, par le biais de l’USB…) Elle consiste à attirer le plus grand nombre d’utilisateurs, en leur proposant monts et merveilles. Admirez les largesses de ma bibliothèque logicielle ! Observez comme je suis facile ! Tâtez de ma puissance, de mon look accrocheur et moderne, de ma robustesse remarquable, de ma vivacité étonnante !

La stratégie UMS est fondée sur la justification suivante : plus il y aura d’utilisateurs, plus il y aura de contributeurs potentiels. Ainsi, le cercle vertueux tournera toujours plus vite. Nous aurons ensuite tout le temps d’expliquer la liberté, rien ne presse.

Si cette approche semble a priori louable, elle possède une tare évidente : la liberté risque de se perdre en route. À force de procurer des facilités aux utilisateurs, ils vont certainement perdre de vue l’essentiel. Qui sera prêt à contribuer pour écrire un pilote de périphérique libre, si son pendant propriétaire est immédiatement utilisable, et sans efforts ? Pourquoi soutenir telle alternative à un protocole privateur, alors que celui-ci est dès à présent fonctionnel ? Avec la motivation, la liberté sera perdue.

Une deuxième stratégie, plus raffinée, consiste à ne pas trop se soucier de la popularité : en s’attachant à construire un système d’exploitation le plus libre possible, nous attirerons des utilisateurs de qualité, déjà avertis et sensibilisés à nos principes. Il y a de meilleures chances que leurs contributions futures concernent pleinement le logiciel libre.

C’est ce qui a fait tout le succès de Debian, via son remarquable contrat social

Quelle méthode préférez-vous ? Le lecteur intelligent ne sera pas étonné par ma conclusion : les deux approches sont complémentaires. Les distributions GNU/Linux grand public ont dynamisé le développement de logiciels libres, quoi que l’on en dise. Elles ont également amené des utilisateurs de qualité (et donc des contributeurs en puissance) vers des distributions plus attachées aux traditions du logiciel libre, comme Debian ou Fedora. Tant que cet équilibre naturel sera préservé, nous pourrons sereinement considérer la fin du règne immoral du logiciel privateur comme un événement inéluctable.

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Ouverture du blog

11 avril 2008

Cela fait bientôt une année que j’ai quitté mon système d’exploitation privateur. En passant de Windows à Ubuntu, j’ai d’abord été frappé par la supériorité technique de la célèbre distribution GNU/Linux. Bien sûr, il est très apréciable de pouvoir bénéficier d’un système fiable, rapide et résolument robuste. Mais plus tard, j’ai compris que ça n’était pas l’essentiel. Le logiciel et les formats doivent être complètement ouverts !

Nous devons jouir sans entraves des libertés fondamentales décrites par la Free Software Fondation. Aujourd’hui, les enjeux financiers, éthiques ou philosophiques portés par le Logiciel sont gigantesques. Un monde fermé pourrait aboutir à des situations de monopole économique et de dépendance technologique. Il constituerait de plus un danger pour la protection des données privées. On pense bien sûr aux dérives perpétuelles d’une entreprise comme Microsoft. Mais ça n’est pas la seule.

Nous avons la chance de vivre des mutations spectaculaires : l’avènement du Web 2.0 en est un exemple. Concernant le Logiciel, cadre de la vie numérique, les choix qui seront pris vis-à-vis de lui dans les toutes prochaines années seront capitaux. Agissons pour la liberté du logiciel, faisons connaître les enjeux fondamentaux et la bataille ne sera pas perdue !