Du 21 au 25 juillet dernier se tenait à Portland l’OSCON 2008, le rendez-vous annuel de la célèbre société d’édition américaine spécialisée dans l’informatique, O’reilly Media.

Dans la plus grande ville de l’Oregon, Mark Shuttleworth s’est fendu de propos étranges. Le mécène de la distribution Ubuntu a notamment laissé entendre que le bureau GNU/Linux était encore perfectible : « La mission la plus importante à réaliser dans les deux prochaines années est d’élever le bureau Linux de quelque chose de stable et robuste mais pas spécialement joli vers quelque chose que nous pourrions qualifier d’art » a-t-il dit.

Il a ensuite invité les développeurs de logiciels libres à produire un bureau qui soit à la fois « élégant » et productif, dans le but de fournir aux utilisateurs une « expérience » qui soit la meilleure possible. Pour soutenir ses propos, Mark Shuttleworth a alors déclaré, sans trop s’y appesantir, que l’iPhone d’Apple délivrait une telle forte interaction.

Le gourou intrépide des Ubunteros a poursuivi de manière plus traditionnelle. Il a prôné une forme de tolérance envers les systèmes d’exploitation propriétaires, tout en louant le mode de développement des logiciels libres.

Que peut-on penser de cette intervention ?

D’abord, la plupart d’entre nous retiendront l’absurdité de la déclaration susmentionnée. Parler d’art dans le domaine du logiciel, dans un sens autre que celui de la technique, c’est introduire de manière subreptice une part de subjectivité. Se perdre dans des considérations qui relèvent de l’esthétique, « des goûts et des couleurs », dans le but probable d’imposer sa propre vision du bureau, c’est même peut-être le signe d’un petit caprice.

Ensuite, on comprend alors mieux pourquoi citer Apple comme un modèle « d’expérience utilisateur » peut-être considéré comme une erreur de communication !

En effet, là encore, la notion évoquée dépend de critères personnels. Si je dis que les bureaux Gnome et KDE, en plus d’être remarquablement stables et cohérents, possèdent une forte ergonomie (qui est, à la différence de l’esthétique, une considération purement scientifique qui dépend de normes étudiées et clairement établies), et que leurs fonctionnalités avancées en font des environnements puissants et complets, n’est-ce pas aussi la preuve d’une « forte interaction » avec l’utilisateur ?

Comme le concept est mal défini, une conséquence est qu’un auditeur mal pensant pourrait croire (j’espère à tort !) que Mark Shuttleworth tolère la politique privatrice de libertés d’Apple (rappellons au passage pourquoi il faut éviter l’iPhone). Ainsi, quand des termes qui n’ont pas un sens universel sont employés dans une assertion quelconque, on peut les surinterpréter de manière tout-à-fait personnelle… La route est alors toute tracée pour un buffer overflow linguistique !

Bien sûr, nous savons que Mark Shuttleworth est un homme à buzz. La montée en puissance d’Ubuntu doit beaucoup à sa communication et à son marketing habituellement mieux huilés. Mais ses récentes déclarations, dont celle sur les cycles de développement des projets libres, tendent maintenant à provoquer des réactions assez vives, quoique certainement démesurées et pas toujours justifiées. Après ce nouveau couac, l’homme devrait peut-être se montrer moins fougueux pour ne pas prendre le risque de se mettre une partie de la communauté du libre à dos…

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