Rentrée et formats fermés : le piège Moneo

12 septembre 2008

Les formats fermés sont une tare majeure de la technologie contemporaine. Plébiscités par les multinationales informatiques, ils sont un moyen efficace de verrouiller un marché, d’y lâcher lourdement une main de fer pour ne jamais la relever.

Nous autres, utilisateurs de logiciels libres, sommes les plus à même de comprendre les enjeux des formats dans un monde de plus en plus numérique. Déjà sensibilisés au concept de la liberté, conscients de la guerre que se livrent les industriels et forcément attachés aux droits des consommateurs, nous nous devons de repousser la moindre tentative belliqueuse orchestrée par un quelconque « Microsoft-like ».

Et pour cause ! Nous n’avons que trop bien connu la guerre des formats bureautiques. Parallèlement, nous luttons à chaque instant pour connaître les spécifications de notre propre matériel informatique. Enfin, nous sommes frappés de plein fouet par la crise des DRM, menottes numériques par essence.

Les exemples ne manquent pas ; il se trouve aussi que les enjeux des formats dépassent largement le simple cadre de l’informatique personnelle (à ce titre, on pourra consulter ce qui constitue depuis longtemps la référence en la matière : le blog de Thierry Stoehr). Démontrons-le.

Pour cela, nous allons nous apesantir sur un format particulier qui a déjà provoqué des remous par le passé, et que l’on pensait fort satisfaisamment définitivement enterré. Il s’agit du format « Moneo ».

Moneo est le nom d’un système français de porte-monnaie électronique. Ses utilisateurs disposent généralement d’une simple carte à puce dédiée, censée leur permettre de régler des petites dépenses sans s’embarrasser de la moindre pièce en acier cuivré (le standard légal). Elle contient une information numérique qui s’identifie à un montant réel donné (fait de pièces sonnantes et trébuchantes). Ainsi, le système s’apparente à la grande famille des cartes de crédit. La recharge s’effectue sur une borne spéciale à l’aide, justement, d’une carte de crédit.

Le but avoué de Moneo est d’optimiser l’encombrement des poches de son pantalon.

Introduit à Tours à la fin de l’année 1999, puis étendu tant bien que mal à d’autres communes, Moneo essuya un échec monumental et mérité. Les raisons sont nombreuses.

D’abord, le côté peu sécuritaire de la puce a souvent été évoqué, laissant une voie possible au piratage. Notez également qu’il n’y a pas de protection réelle contre le vol ou la perte.

Ensuite, le marketing agressif qui poussait à imposer le service n’a jamais été apprécié. Il faut savoir que Moneo est géré par un consortium : BMS Billétique Monétique Service, constitué du cartel des banques. D’aucun parlerait de lobby ! Cela n’a trompé personne : il faut s’acquitter de frais bancaires pour pouvoir utiliser Moneo.

Mais surtout, et c’est seulement maintenant que nous entrons dans le vif du sujet, nous sommes face à un format fermé. Pour l’utilisateur final, le fonctionnement d’une transaction est totalement opaque. Pire, rien ne garantit que les données collectées à chaque achat ne sont pas massivement exploitées et traitées, car notre banque gagnerait certainement à connaître tous les détails sur nos dépenses de la vie quotidienne. Les créateurs de Moneo ont beau clamer qu’il n’en est rien : l’outil existe et il ne demande qu’à être utilisé. Cela n’est pas sans rappeler le fonctionnement de certains logiciels privateurs !

Toutes ces raisons ont poussé l’UFC-Que Choisir à appeler les consommateurs au boycott de la carte Moneo à la fin de l’année 2002.

J’aurais pu présenter l’étude d’un cas tout aussi instructif : celui des machines à voter. Comme avec tous les formats fermés, l’opacité est de mise : c’est d’ailleurs la caractéristique même d’un tel format.

Pourquoi alors avoir préféré présenter le cas Moneo ? Tout simplement parce que le système vient d’être imposé dans les restaurants de mon campus universitaire, selon le slogan imaginatif et puissant : « Vos restos U se modernisent, la carte restauration arrive. Vous allez gagner en liberté ! » (modernisme ou modernité ?).

À la manière d’un Microsoft qui distribue joyeusement ses licences aux étudiants, Moneo veut rebondir en disposant des hommes et des femmes de demain. Une nouvelle bataille s’engage contre les formats fermés… Qui ne se limitent pas à nos ordinateurs !

Note : En plus de présenter des dysfonctionnements techniques graves (trois chargeurs en panne dans autant de restaurants différents en l’espace de dix jours, cas de cartes mal rechargées et/ou mal débitées), la solution « retenue » marque l’avènement de la Banque au sein de l’Université. Mais ça n’est simplement pas le sujet du billet.

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15 Réponses to “Rentrée et formats fermés : le piège Moneo”

  1. Benjamin said

    Intéressant ton article 🙂
    Par contre, pour ta fac’, monéo est le seul moyen de paiement ??

    Pour ma part, chez nous, ce sont nos cartes étudiants que nous pouvons « charger » d’argent (mais nous pouvons quand même utiliser les moyens de paiement traditionnels)….

  2. Zitrouille said

    Moneo est en effet devenu, du jour au lendemain, le seul moyen de paiement pour nos repas. En une nuit, il a remplacé le traditionnel et respecté « ticket RU », que l’on croyait éternel !

    Cependant, et c’est la moindre des choses, nous sommes exonérés des frais bancaires liés à la carte Moneo. Même si je pense que ceux-ci sont répercutés ailleurs…

  3. Raf said

    Pareil dans mon université où les tickets ont été remplacé par la carte monéo l’an dernier.
    Par contre les frais bancaires, je ne sais pas si ça rentre dedans, mais la carte s’achete 3,50€.

  4. Bast said

    A l’université bordeaux 1, je l’ai depuis l’année dernière. Fonctionne impeccablement et sert également de « clé » pour ouvrir les salles informatiques spécifiques à certaines classes/niveaux/études.

    Pour le moment jamais eu à m’en plaindre donc. Et c’est 300x plus rapide et pratique que gérer la somme exacte du repas (qui est à cinq cents prêt).

  5. Zitrouille said

    Je ne suis pas sûr que ce soit « trois cents » fois plus rapide…

    C’est peut-être l’effet de nouveauté, mais les préposés à la caisse ont actuellement beaucoup de mal à tenir le rythme. La carte doit être insérée dans la machine, puis l’écran tactile doit être caressé deux fois (le temps de traitement dépasse allègrement la seconde) et enfin la carte doit être retirée du monstre.

    Auparavant, le personnel n’avait qu’à se saisir brutalement d’un ticket (que les étudiants achetaient par plaques de dix).

    Pour l’instant, on assiste surtout à l’allongement des files d’attente. On verra comment cela évolue par la suite.

    De toute façon, le problème n’est pas d’évaluer les qualités pratiques du système : les dérives sont ailleurs !

  6. garoubeef said

    Même surprise à la fac de lyon 2 🙂

  7. redolive said

    Je trouve que le système de carte est un bon système (surtout niveau gestion) mais gérer par une banque ou autre organisme privé ça me laisse perplexe (vie privée,…). Mais va falloir s’y habituer car les entreprises seront de plus en plus présent dans les Universités. À quand l’amphi William Saurin ? …

  8. democratiefrancaise said

    Monéo, c’est le beurre, l’argent du beurre et la crémière !
    Les banques vendent la carte ou l’activation Monèo à leurs clients, les commerçants paient un abonnement et enfin l’avance d’argent des clients qui ont approvisionné leur compte travaille pour les banques. Pas mal.

    En plus, chez le commercant, il est possible que le lecteur se connecte à BMS et cela coute donc une communication au commercant dégradant la faible marge qu’il a sur des produits de type baguette.
    Avec tout cela, pas étonnant que la carte Monéo ne prenne pas. Sauf à la rendre obligatoire comme les exemples donnés de resto U.

  9. Plop said

    Article intéressant, cela fait deux ans maintenant que Moneo est disponible sur le campus d’Orléans.

    J’avais trouvé l’idée sympa au début, puis finalement, j’ai trouvé aucune boulangeries qui acceptait ce mode de paiement. J’en avais même discuté avec un boulanger, qui m’avait dit que c’était pas rentable, que c’était la merde etc…

    PS : Tu as fait une faute « classique » dans ton article : un campus est un « centre universitaire », donc dire un « campus universitaire » est un pléonasme 😉

  10. pamputt said

    Idem à l’université de Caen sur tous les campus. La carte monéo cohabitait avec les tickets RU depuis trois ans et depuis cette année obligé de payer avec cette carte. On peut toujours payer en liquide et j’encoourage le maximum d’entre vous à le faire. Pour nous elle est gratuite (remise lors de l’inscription à l’université) mais si on la perd, on doit payer 8 € pour en récupérer une (intéressant le principe de payer un moyen de paiement…).
    Sinon le coup est loin d’être minime pour le CROUS qui a par ailleurs des moyens financicers plus que limités. Quelle idée de dépenser l’argent de cette manière…

  11. yoho said

    Proton est l’équivalent en Belgique de Monéo, mais la différence, c’est que le système est interropérable et j’ai trouvé un article où on disait que les specs étaient ouvertes (mais je n’ai pas pu les trouver pour autant 😦 )

    Ref :
    http://www.st.com/stonline/products/families/smartcard/sc_app_finance_ceps_ref.htm

  12. yoho said

    quand je dis « interropérable », je veux dire « entre pays ». Bah, oui avec sa carte monéo chargée à bloc, on a l’air fin si on va chez ses voisins européens : ça ne marchera pas.

  13. Romain said

    Bonjour,

    Cette carte Monéo est une purge. Elle est tombée du ciel à Lyon 3 à la rentrée 2008/2009. Qui a décidé de cela ? Qui paye ? Pourquoi ? Quels sont les gains réels ?

    Je reste perplexe lorsque que l’on me dit que je vais gagner en liberté, quelle liberté ? celle que l’on m’impose ? « Liberté » ce truc qui rallonge les files d’attente ? De toute façon la queue faut la faire à la machine Moneo au lieu de la caisse pour les tickets.

    Le seul point positif c’est le repas gratuit quand la carte déconne…

    Apparemment Monéo décolle enfin, c’est sur lorsque l’on impose à l’ensemble des étudiants des universités…

  14. Ablia said

    Pareil au Mans. Elle a remplacé du jour au lendemain nos beaux tickets RU. seulement deux bornes pour la recharger (quand elles ne sont pas en panne) temps d’attente multiplié par carte (par deux à la borne et par deux à la caisse^^)
    on perd la carte, on perd nos sous. Au Mans, c’est 10 euros pour la faire refaire, à angers seulement 5. à côté de ça une cafétéria sur deux a acheté le matériel nécessaire pour l’utiliser, et on a des nouveaux distributeurs qui étaient censés l’acceptaient mais en fait ne marchent pas.
    Autrement dit, cette installation a coûté une fortune et ne présente, à mon sens, que des inconvénients.
    Le paiement en liquide reste autorisé parce que les employées sont sympas: c’est marqué partout que c’est interdit, ou à titre très occasionnel.
    On peut toujours lui trouver un avantage écologique, avec la suppression des ticket RU. Mais n’importe quel autre mode de paiement aurait eu ce même avantage, donc ça ne compte pas.

    Oh, et je n’ai trouvé aucun commerçant qui l’accepte (on comprend pourquoi) et aucune borne pour la recharger en ville ou dans les banques, comme c’est écrit dans leur tract.
    Une jolie petite merde imposée aux étudiants, donc.

  15. J avoue qu il y a un long moment que je n avais pas denicher un billet de cette qualite !!!

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